Le livreur de blocs de glace ne doit pas traîner : par 35 degrés, il ne restera bientôt plus qu’une grande flaque d’eau.
Plastok
Arkawit, Khartoum·
Un salut aux forçats de la poussière qui ramassent les résidus de plastique dans les rues de Khartoum.
Tamam !
Quelque part au nord de Shendi, le long du Nil·
Sitôt quitté la frénétique Khartoum, on découvre l’immensité du Sahara. Ici serpente le Nil, qui maintient la vie au milieu de l’océan de poussière. Partout le long de ses rives, on cultive au rythme des pompes à eau antédiluviennes.
Et chacun de s’enquérir de la santé des autres:
– Kaif tamam ? ( tout va bien ? )
– Tamam alḥamdulillah (tout va bien grâce à Dieu).
Au royaume de Koush
CIté antique de Méroé·
Au sud de la populaire civilisation égyptienne, bienvenue dans le méconnu royaume de Koush, qui guerroya longtemps avec son voisin pour la domination des bords du Nil.
A Méroé, qui fut la capitale du royaume pendant 600 ans (entre -300 av. JC et 350 apr. J.C.) , se dressent des dizaines (centaines?) de pyramides qui furent souvent décapités par les pilleurs de tombes.
Rois des sables
Cité antique de Méroé·
Nous continuons notre promenade. Drôle de sensation de parcourir un lieu aussi exceptionnel sans croiser le moindre touriste. Les seuls qui étaient encore là à notre arrivée ont vite disparu pour rentrer sur Khartoum en passant par Naqa et Moussawarat es-Sufra. Pour nous, ce sera une autre fois.
Une vague cloture qui s’enjambe facilement tente de fermer l’immense site, mangé par les vents et les dunes. Et l’on s’amuse à rejoindre notre véhicule à dos de chameau.
Le deuxième passant
Al Mufti Street, Khartoum·
Portrait en pied d’un vieil homme aux agrumes.
En panne
Amarat Street 15, Khartoum·
Un vieux pick-up s’est échoué sur le trottoir en face du restaurant où je déjeune. Il y restera quelques dizaines de minutes, égayant mon repas solitaire. La panne n’est pas sérieuse et le voilà reparti dans un vrombissement noirâtre.
Un lieu improbable
Al Housh Restaurant, Omdurman·
Le restaurant Al Housh détonne dans le paysage d’Omdurman, la banlieue au nord-ouest de Khartoum. Réalisé par un cabinet d’architecte de Dubaï (Thomas Klein International, également designer du fameux Ozone), il fait la part belle aux spécialités locales dans un environnement moderne inspiré d’un souk traditionnel.
Le bâtiment est immense et sa terrasse donne directement sur les bords sauvages du Nil et l’île de Tutti. On distingue au loin les tours extravagantes des compagnies pétrolières (GNPOC et PDOC) qui rappelle la richesse du pays avant la partition.
La science du thé
Amarat Street 53, Khartoum·
Les minuscules échoppes des femmes à thé débordent de préparations savantes. Quelques morceaux d’encens brûlent, les théières frémissent et la petite cafetière infuse doucement mon breuvage.
Promenade dans les rues calmes du sud d’Al Amarat.
Ali
Amarat Street 31, Khartoum·
Entre ceux qui veulent préserver leur image et ceux qui se prêtent avec plaisir au jeu du portrait, on fait toujours des rencontres au moment de boire le thé.
14h. Voici donc Ali, qui cause tranquillement avec ses amis et les gens de passage. Il fait très chaud malgré l’ombre du grand arbre, on se concentre pour profiter du moindre courant d’air.
La route de l’inconnu
Amarat Street 57, Khartoum·
Souvent, je prends le café avec Mohamed, qui s’occupe de la maison dans laquelle je vis.
On se pose sur les tabourets tressés et on cause. Il m’apprend quelques rudiments d’arabe. Alima, la patronne, demande des nouvelles.
Ils viennent tous les deux du Darfour, mais pas du même coin. Il faut dire que le Darfour fait quasiment la taille de la France. Mohamed a quitté sa région en 2004, alors que la guerre faisait rage et n’y est jamais retourné. Plus de dix années sans revoir ses parents, qui vivent à seulement une journée de bus de Khartoum.
Mais Mohamed n’a aucune envie de retourner là-bas. Un jour, il m’a fait part de son rêve : l’Europe. Il connait quelqu’un qui est allé en Jordanie et y a obtenu un visa Schengen. Il a aussi étudié le trajet en passant par la Libye.
L’ampleur du voyage ne l’impressionne pas. La mort non plus.